Vilcabamba – La Vallée de la Longévité

Entre le début des années 70 et la fin des années 80, des groupes ethniques tels que les Tarahumaras au Mexique, les Cosaques en Géorgie et les Humas au Pakistan méritèrent l’intérêt des chercheurs internationaux sur la longévité, car un pourcentage moyen plus élevé que la normale de ces personnes furent signalés comme vivant 90, 100 ans et plus.

Des études intenses de leurs modes de vie et de leurs environs suivirent. Certaines similitudes intéressantes ont été trouvées, même si certains de ces groupes vécurent à des distances très éloignées:

  1. ils vivent dans des habitats semi-montagneux,
  2. dans des endroits en grande partie orienté pour la cultivation,
  3. qui selon les normes occidentales sont considérés comme très pauvres,
  4. ont un régime bas en calories et principalement végétarien,
  5. fument du tabac naturel,
  6. les hommes consomment en moyenne 40 oz de bière par jour,
  7. ils vivent dans des communautés socialement soudées avec des croyances religieuses animistes,
  8. ils révèrent leurs aînés.

L’une des communautés les plus fréquentées par les chercheurs de la longévité internationales est le petit village de Vilcabamba (1500 habitants) dans le sud de l’Équateur, une centaine de kilomètres au nord de la frontière péruvienne.

Comme cadeau pour mon 40e anniversaire, j’ai décidé de visiter Vilcabamba pour voir si je pouvais découvrir de l’information au sujet du vieillissement et de la longévité. Est-ce que les gens vivent effectivement plus longtemps là et si oui, pourquoi?

Après un vol d’avion de 9 heures de Toronto, un petit vol d’avion d’une heure de la capitale Quito, un trajet de voiture de deux heures et une petite balade en taxi passant par des routes sinueuses tapissées d’une verdure luxuriante, vous trouverez ce que l’on appelle «la vallée de la longévité» vraiment magnifique.

La première chose qui vous frappe est la beauté dans la pureté physique de l’endroit. C’est visuellement impressionnant de s’allonger dans une vallée fertile nichée dans des cercles de montagnes andines surélevées et s’élargissant sans cesse à l’horizon. Mais la stimulation sensorielle que vous y vivez va bien au-delà du visuel: l’air, le calme, la température, la lumière du soleil et l’atmosphère vraiment tranquille vous enveloppe dans un sentiment étonnamment émouvant de paix du corps et de l’esprit.

Vilcabamba se trouve à côté du parc national Podocarpus, une région montagneuse très éco-diversifiée, où existent de nombreuses espèces de plantes et d’insectes qui restent non catalogués par la communauté scientifique d’aujourd’hui. Cela explique la végétation luxuriante et abondante de Vilcabamba avec une pléthore de belles fleurs et d’oiseaux.

Le bassin de l’Amazone, le soi-disant «filtre à air» du monde, borde le parc Podocarpus et Vilcabamba. En fait Vilcabamba est l’une des premières parties de civilisation que l’air purifié amazonien atteint dans son périple vers l’ouest, de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. Le résultat est l’air vraiment magnifique, étonnamment frais, parfumé et vivifiant. Je me suis retrouvé à prendre en permanence des respirations profondes comme si j’étais dans une séance d’aromathérapie.

Ensuite, il y a le climat: c’est parfait! Vilcabamba se trouve à 1500 mètres au-dessus du niveau de la mer, c’est étonnamment frais pour sa proximité de l’équateur (4 degrés au sud). Toute l’année durant, les températures oscillent entre 23 degrés Celsius dans le jour et 15 degrés la nuit avec très peu d’humidité. Selon les habitants, la saison espacée des pluies n’est pas vraiment un problème.

L’eau de Vilcabamba est également digne d’attention. Les scientifiques ont trouvé des concentrations élevées de 21 minéraux et spéculent que cela peut aider à expliquer l’absence totale de maladie cardiovasculaire et le niveau extrêmement bas d’ostéoporose trouvé ici. À 1500 mètres d’altitude, Vilcabamba permet une filtration optimale des minéraux étant donné que les eaux descendent de leur point de départ à 3000 mètres d’élévation dans les Andes. Au moment où cette même eau atteint le niveau de la mer, le niveau des minéraux est nettement plus faible. Et oui, elle a bon goût aussi.

Il est vraiment facile ‘d’être simplement’ à Vilcabamba. Pas d’Internet, quelques téléphones et une seule route pour y arriver, rend la vie ici vraiment calme et paisible. Le temps n’est pas le même dans un tel environnement. Je ne pouvais pas trouver quelqu’un qui portait une montre. La plupart des villageois que j’ai rencontrés utilisaient la position du soleil dans le ciel pour le temps.

Le rythme incroyablement détendu de l’endroit est si facile et enivrant que vous pourriez jurer que votre corps a été fait pour ça. J’ai regardé les gens venir à la petite place de la ville et simplement y passer des heures. Contrairement à la vie dans la grande ville, Vilcabamba est sérieusement au ralenti. Plus d’un après-midi est consacré à un mélange sain de travail et de social pendant des heures à la fois. Ils parlent un peu, puis se dirigent vers quelqu’un qu’ils connaissent, qui est au fond tout le monde, pour parler un peu plus.

En enquêtant les prétentions pour longévité, ça devient évident tout de suite qu’il n’y a aucun moyen de savoir avec certitude quel âge une personne a. Parce que les personnes âgées sont vénérées à Vilcabamba, les gens exagèrent souvent leur âge. Il y a cependant quelques personnes que les citadins et les autorités équatoriennes s’accordent pour dire qu’ils sont vraiment aussi vieux qu’ils le prétendent. Le plus ancien serait le bien connu Miguel Carpio, qui décéda en 1978, à l’âge de 130 ans! Il est à noter que les autorités gérontologiques du monde refusent d’examiner ces allégations, car ils ne peuvent pas les justifier (les personnes les plus âgées vérifiées seraient 117 et 122 de la France).

Dans ma recherche de la personne la plus âgée à Vilcabamba, j’ai rencontré un homme vieux de 107 années en assez bonne santé qui arrêta de fumer il y a cinq ans, mais qui continue de boire à tous les jours. Son régime alimentaire se compose principalement de courges et d’haricots. Bien que son ouïe et sa vue étaient faibles, il pouvait certainement prononcer de belles paroles et semblait de bonne humeur. En contraste avec notre société les personnes âgées d’ici ne prennent jamais leur retraite. Ils changent tout simplement ce qu’ils font pour des tâches moins exigeantes physiquement telles que le tri du maïs ou regarder les enfants, mais ils demeurent des ressources précieuses. La retraite à 65 ans? Ces gens travaillent jusqu’au jour de leur mort.

Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander si nous ne perdions pas sur un groupe potentiellement précieux de sagesse et de main-d’œuvre en retirant nos personnes âgées de la vie du travail de tous les jours. À Vilcabamba les personnes âgées sont une source de fierté familiale. Ils sont considérés comme des témoignages vivant de la sagesse et de la force des familles dont ils sont issus. Contrastez cet état d’esprit avec les attentes que nous avons créées en Amérique du Nord de nos personnes âgées à propos du vieillissement. (Le domaine de la médecine corps-esprit aurait une journée sur le terrain avec les implications: comment puissant un facteur de longévité pourrait être vénéré pour votre âge? Est-ce que cet état d’esprit pourrait encourager le processus cellulaire qui améliore la vie des tissus?)

J’ai été très impressionné par la vigueur d’une charmante femme de 96 ans que j’ai rencontré. Elle se tenait droite comme une tige, marchait avec grâce de façon fluide, je n’aurais jamais pu connecter autant avec quelqu’un de plus de cinquante ans et travailler 8 à 10 heures par jour pour aider sa ferme familiale. Elle était sans aucun doute la femme de 96 ans la plus saine que j’aie jamais vue et en plus une contributrice très appréciée de sa famille. C’était très bien, mais nous connaissons tous des gens ici au Canada qui vivent pour être productif jusqu’à ce qu’ils dépassent 90 ans. Mais où étaient les gens très vieux, les légendes de 120 ans dont j’avais entendu parler?

Il semble que l’âge d’or de la longévité avait en fait pris fin il y a environ quinze ou vingt ans à Vilcabamba. Le personnel de l’hôpital, le médecin du village et un expatrié américain qui y vivait depuis 33 ans remarquèrent que la «modernisation» de Vilcabamba qui commença avec l’arrivée des aliments transformés, les voitures et les touristes, avait effectivement changé la vie et considérablement réduit le nombre de personnes vivant à des âges vraiment avancés.

Alors qu’il y eût une époque tout le monde cultivait leur propre nourriture, maintenant plusieurs achètent leur nourriture et introduisent des aliments transformés dans leur alimentation. Les voitures et camions transportent les agriculteurs alors qu’auparavant des randonnées de 5 à 10 km dans la vallée de la montagne faisaient parties des habitudes matinales de tout agriculteur. Le tourisme a rendu certaines personnes plus riches que d’autres causant de la concurrence et du stress.

Un hôpital fût donné par le Japon en 1975 et curieusement de nombreux habitants pensent que les traitements médicamenteux dispensés par l’hôpital ont été particulièrement difficile sur les personnes âgées qui n’avaient jamais utilisé de produits pharmaceutiques. Avant que l’hôpital fût construit, les habitants comptaient entièrement sur les remèdes naturels des montagnes environnantes et des plantes de la jungle. Maintenant, presque plus personne n’effectue le travail ardu de la cueillette et de la préparation des remèdes naturels. Les pilules sont tellement plus faciles à utiliser.

Alors, qu’apprenons-nous de tout cela? Qu’une combinaison d’air pur, d’exercices vigoureux quotidien, un régime principalement végétarien et faible en calories, une culture qui respecte les personnes âgées, un excellent climat, un habitat semi-montagneux, une eau fortement minéralisée, un faible niveau de stress avec peu de préoccupations par rapport au temps et une communauté fondée sur la socialisation est vraiment bénéfique pour la population. La magie semble partir cependant, lorsque la «modernisation» arrive: les voitures, les aliments transformés, les hôpitaux, les exigences de productivité plus élevés nécessitant des contraintes de temps et de stress.

La grande question qu’a soulevé Vilcabamba pour moi, c’est pourquoi nous, dans le monde moderne, pensons que nous devons être si productifs? Qui gagne vraiment lorsque nous nous efforçons jusqu’à épuisement?

À bien y penser, je ne me souviens pas d’avoir vu des gens fatigués à Vilcabamba.